A propos du
bilinguisme, de l’éducation et de l’enseignement bilingue.
Quel système éducatif choisir ?
Ecole maternelle locale dans la langue du pays ou maternelle
française ?
Choix d’un système et d’une langue de scolarisation au détriment
d’une autre chez les couples binationaux ...
Ecole internationale au long cours ou pour quelques années
seulement ?
Changement brutal de système et de langue : chance ou
difficulté ?
Quelque stémoignages (vus sur
www.femmexpat.com )
« Dans le cas de
notre fils, le français lui est apparu comme libératoire,
vecteur de sa sécurité affective. » Parfois il passe par une
période où il « mélange » les deux langues, mais très vite il
saura distinguer quelle langue parler avec quelle personne ou
dans quel contexte. Le langage et les langues se développent
seulement si l’enfant éprouve la nécessité d’établir des relations
sociales avec telle ou telle personne."
« C’est bien
connu, les enfants sont des éponges ... tout rentre si
facilement ... Ils apprennent en jouant ... en trois mois, ma
Lolotte était bilingue , elle savait dire tous les gros mots ...
et mon Jojo parle tout de même 4 langues »
Tout cela, nous l’avons entendu
maintes fois, interloqués parfois, admiratifs souvent, devant
ces petits qui intègrent si naturellement ce qui nous demande
tant d’énergie et d’efforts, à nous adultes pourtant conscients
des enjeux. Il y a du vrai... Mais c’est à nuancer selon les
situations. Le mot « bilingue », fort prisé des expats est
employé parfois un peu légèrement.
Il nous semble intéressant de vous faire partager quelques
réflexions et informations sur ce thème du bilinguisme, et sur
les conditions qui favorisent la réussite du projet d’éducation
bilingue. Une petite bibliographie pour les passionnés est mise
en annexe.
Qu’est-ce
qu’être bilingue ?
Comment se construit le langage chez un enfant ? Est-on bilingue
de la même façon selon que l’on apprend une seconde langue dès
la naissance ou plus tardivement ?
Les linguistes ne sont pas tous
d’accord sur les détails, on aurait pu s’en douter. Globalement,
la définition suivante satisfait tout le monde :
« Maîtrise de 2 systèmes linguistiques »
jusque-là on comprend tout, ensuite, pour compliquer un peu, on
distingue bilinguisme équilibré et bilinguisme dominant :
Le
bilinguisme équilibré concerne un individu qui a des
compétences équivalentes dans les 2 langues, à ne pas confondre
avec des compétences élevées. (on peut être bilingue avec un
niveau de langage assez bas)
Le
bilinguisme dominant suppose une compétence supérieure
dans une des deux langues.
Une étude assez complète, menée
en Suède sur des enfants issus de couples mixtes bi-nationaux a
montré qu’il est très difficile, voire impossible d’accéder à un
bilinguisme équilibré si l’exposition à la langue 2 est limitée
au seul contact avec les parents.
Ce type de bilinguisme
s’acquiert en étant à la fois exposé à la langue 2 dans sa
famille, mais aussi auprès de ses pairs (jeux avec d’autres
enfants) et dans un dispositif pédagogique (enseignement partiel
en langue 2)
Encore plus subtil, on distingue
encore trois types de bilinguisme ou plutôt de bilingualité.
Bilingualité
d’enfance : l’exposition bilingue a accompagné le développement
initial de l’enfant. (cas des couples bi nationaux)
Bilingualité
précoce simultanée : l’exposition aux deux langues s’est
produite avant trois ans.
Bilingualité
précoce consécutive : l’exposition à la langue 2 a eu lieu après
l’acquisition de la langue maternelle, même précocement.
C’est cette dernière situation
qui nous concerne le plus souvent. Elle concerne également les
enfants de migrants. C’est aussi celle qui résulte d’une
intervention pédagogique (scolarisation dans une maternelle
anglaise pour un enfant français, par exemple).
Le statut
des langues
Le type de bilingualité dépend largement du statut des langues
concernées, et du contexte d’utilisation de ces langues.
Certaines langues jouissent d’un statut plus valorisant que
d’autres, et sont vécues, consciemment ou non, comme plus
prestigieuses. (situations historiques d’éradication de langues
régionales au profit de langues nationales, migrants de pays du
tiers monde, langues plus « rentables » que d’autres, plus
efficaces pour le commerce...)
Pour ce qui concerne nos
enfants, les études montrent de façon évidente que si les deux
langues jouissent du même prestige et sont également valorisées,
l’enfant tirera bénéfice de cette double exposition. Son
développement intellectuel sera favorisé, et ses performances
meilleures que la moyenne. On parle alors de
bilingualité additive.
A l’inverse, si la langue
maternelle (langue 1) est déconsidérée et jouit d’un statut peu
prestigieux, le développement cognitif de certains enfants
peut-être freiné, et dans les cas extrêmes, l’enfant peut
accuser un retard de langage ou des difficultés d’apprentissage.
Il s’agit là de bilingualité soustractive.
Des études montrent nettement
qu’une compétence élevée dans la langue maternelle (L1) entraîne
une compétence élevée dans la L2. D’où l’importance de
construire et valoriser la langue maternelle, surtout si ce
n’est pas la langue de l’environnement.
Si une communauté rejette ses
propres valeurs culturelles au profit d’une langue plus
prestigieuse, la compétence de l’enfant à acquérir cette L2 va
s’en trouver affectée.
C’est une incitation pour les
parents à parler leur propre langue maternelle avec l’enfant,
sans échelle de valeur entre les langues.
Certains linguistes ont opposé :
Bilinguisme d’élite et de masse
Bilinguisme pour riches et pour pauvres
Bilinguisme noble et coupable (langue de minorités régionales,
de migrants ...)
Les
conditions d’acquisition des langues
Dans la réussite de l’apprentissage ou de l’acquisition d’une
langue, il faut tenir compte de deux données : âge
d’apprentissage et contexte.
Age
Il y a consensus sur le fait que la précocité de l’exposition
aux langues est un paramètre important : les neurolinguistes
expliquent les facilités relatives du jeune enfant par une plus
grande « plasticité » du cerveau, une abondance des connexions
neuronales, et une discrimination des phonèmes. (après l’âge de
10 ans, il y a perte d’acuité et moindre discrimination des
phonèmes). On parle donc d’acquisition avant 7 ou 8 ans et
d’apprentissage après 8 ans.
Des aspects psychologiques liés
à l’âge interviennent également (peur de parler devant les
autres chez l’adolescent, alors que le jeune enfant ne connaît
guère ces inhibitions)
Contexte
Voir l’annexe : conditions de réussite/non réussite d’une
éducation bilingue.
Atout ou handicap ?
Il est maintenant reconnu que le bilinguisme surtout si il est
précoce développe des capacités intellectuelles et cognitives
chez l’enfant en le formant à un double système de pensée. Voilà
de quoi faire taire les esprits chagrins qui pensent que
« parler plusieurs langues, c’est n’en parler aucune
correctement ».
En langage de linguiste : deux signifiants pour un signifié ne
perturbent en aucun cas le développement voire le stimule.
L’enseignement en classe bilingue
Quels sont les effets du bilinguisme sur les parcours scolaires
et le développement intellectuel des enfants ?
Le dispositif le plus fréquent,
dans les écoles françaises à l’étranger et dans les expériences
françaises (avec les langues régionales) est
l’enseignement bilingue paritaire :
13 heures d’enseignement en français (langue1) et 13 heures en
langue 2
Dans la majorité des cas, les
enseignants des deux langues interviennent pour des journées
complètes, en alternance.
L’entrée dans la filière démarre
dès la maternelle, petite ou moyenne section selon les
contextes. L’admission en cours de scolarité est rare et soumise
à des conditions strictes.
Les enfants sont dans certains
cas testés : il faut s’assurer que la langue 1, quelle qu’elle
soit, est bien installée, selon des critères tenant compte de
l’âge des enfants.
Les enseignants suivent le
programme français mais pour les disciplines non linguistiques
(math, géographie, sport, art ...) la langue utilisée est la
langue 2 ou 1 selon l’emploi du temps.
Le travail est articulé autour
de projets et thèmes communs. Un thème abordé en langue 1 est
repris sous une autre forme en langue 2. Les enseignants ont un
travail de coordination particulièrement important à mener.
L’enseignant de langue 2 est toujours un « natif » maîtrisant
suffisamment la langue 1 pour pouvoir communiquer et s’appuyer
sur les programmes et instructions français .
Les
conseils des spécialistes aux parents d’enfants de filières
bilingues
Soyez
patients. Au bout de 3 années de « filière bilingue », votre
enfant commencera à bien comprendre la langue 2, mais ne la
parlera peut-être que timidement. C’est parfaitement normal. La
véritable aisance commence en général vers la fin du CP et se
développe tout au long de la scolarité bilingue.
Ne forcez
pas votre enfant à parler la langue 2 : Comme pour sa langue
maternelle, il le fera naturellement lorsqu’il en aura besoin.
On sait que naturellement l’enfant choisira la solution la moins
complexe, la plus immédiate.
Ne soyez
pas inquiets si votre enfant semble incapable de vous traduire
en français ce que son enseignant a formulé en langue 2. Les
enfants ne savent pas traduire. Il est d’ailleurs préférable de
ne pas le leur demander. Cela vient progressivement. L’enfant
peut recevoir une information en langue 2 et répondre en langue
1, ne le réprimez pas, le distinguo est fait dans sa tête.
Soyez
rassurés : une formation bilingue ne perturbera ni l’enfant, ni
sa scolarité. Au contraire, ses résultats peuvent s’améliorer
grâce à ce dispositif. (le maître de langue 2 va plus lentement,
revient différemment sur les notions abordées en langue 1 et
c’est parfois très profitable y compris pour un enfant en
difficulté dans les disciplines non linguistiques.)
Parents
francophones, pas d’inquiétude : Il n’est pas indispensable de
connaître vous-mêmes la langue 2 pour que vos enfants
réussissent dans cette filière.
Assurez
votre propre formation sur le bilinguisme : votre motivation,
votre attitude positive pour ce projet sont indispensables. Si
vous avez des doutes, levez-les en vous informant. Inscrivez
l’enfant à des activités en langue 2, faites lui rencontrer des
enfants qui la parlent, montrez lui des films dans cette langue
... Bref, créez des conditions d’apprentissage naturelles.
Ne vous
laissez pas décourager par l’entourage qui prétend que
l’enseignement bilingue n’est pas à la portée de tous. Faites
confiance à votre enfant. Vous serez étonné de ses capacités !
Respectez
le principe : une personne / une langue. Ne vous amusez pas à
parler la langue 2 pour communiquer avec votre enfant si cela ne
vous est pas complètement naturel.
Bibliographie : les essentiels
Le défit des enfants bilingues : Grandir et
vivre en parlant plusieurs langues
Barbara Abdelilah-Bauer.
Pour une
éducation bilingue
Anna Lietti
Petite Bibliothèque Payot.
Les enfants
bilingues : langues et familles
Christine Desprez
Editions Didier
L’enfant
aux deux langues/le souffle de la langue
Claude Hagège
Editions O . Jacob
Les enfants
et l’enseignement des langues étrangères
Charmian O’Neil
Editions Hatier/Didier
Biculturalisme, bilinguisme et éducation
Chadly Fitouri
Editions Delachaux et Niestlé
Education
et Bilinguisme
Michel Siguan / William F. Mackey
Editions Delachaux et Niestlé
Le
bilinguisme pour grandir
Anémone Geuger-Jaillet
Editions l’Harmattan